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Les Jeunes au pouvoir !

dimanche 30 décembre 2007, par webmaster


Les colonnes de notre bulletin se font souvent l’écho de concerts divers, mais tous assurés par des musiciens professionnels. Au demeurant, sa vocation n’est pas forcément de se faire le relais de la pratique non professionnelle, mais elle n’en est pas moins liée à l’émotion que nous pouvons ressentir en face de telle ou telle œuvre, telle ou telle interprétation, un CD ou une soirée hors du commun.

Hors du commun, la soirée du 23 mars dernier l’était à plus d’un titre. Les élèves de TMD [1] du Lycée Thiers à Marseille donnaient un concert dans la salle Henri Tomasi du Conservatoire de Région (preuve que parcours scolaire et formation en conservatoire peuvent se donner la main, pour le plus grand bonheur et des élèves et de l’assistance) à l’initiative de leur professeur Patrick Geel. Vingt-huit participants, élèves de seconde, première et terminale se partageaient entre prestations solistes, ensembles de chambre et formation orchestrale pour donner vie à un programme exceptionnel de densité, et d’autant plus remarquable qu’il ne reposait de leur part que sur le volontariat : ce sont eux qui ont choisi, suggéré et travaillé ce concert qui reste l’un des plus émouvants qu’il m’ait été donner de voir, entendre et vivre toutes catégories confondues. Parfait ? Peut-être pas, sans doute pas, qui peut citer un concert qui l’ait été, dans lequel par moment l’attention du public n’ait pas fléchi (un peu moins de trois heures sans entracte !) ? Mais la valeur d’une interprétation ne se mesure pas seulement à la perfection un peu froide que distille la pratique du CD, elle est d’abord et par-dessus tout vibration, prix de l’instant, résonance intime et pourtant partagée, joie paradoxale qui peut s’épanouir pleinement dans la mélancolie la plus poignante ; et c’est tout cela que ces jeunes musiciens, qui n’ont rien d’amateur si ce n’est leur commun amour de leur art, nous ont généreusement distillé pendant ces quelques heures dérobées à la réalité. Il m’a été, comme à vous tous je pense, si souvent donné de voir des orchestres ou des ensembles parvenus au sommet de leur maîtrise technique qui ne font pas, ou plus, acte de transmission de passion, que leur engagement a sonné comme un somptueux cadeau qu’ils se sont fait les uns aux autres ainsi qu’au public, ce qui fait que ce concert prend sa place de plein droit dans le présent bulletin.

Le niveau technique général reste — et c’est tout à leur honneur — celui d’excellents musiciens à qui leur — encore — peu nombreuses années permettent un surcroît salutaire d’enthousiasme et une endurance à faire pâlir d’envie beaucoup de leurs respectables aînés. Qui faudrait-il citer ? Tous, sans exception aucune, et si les dimensions du présent article ne nous le permettent pas, soyez certains que les années qui viennent verront les noms de plusieurs d’entre eux se détacher sur les programmes de concert ou de CD. Alors, puisqu’il faut, à regret, ne revenir que sur quelques-unes des pages qui nous ont été présentées, retenons, dans le domaine chambriste, l’Allegro du Quatuor en ré majeur pour flûte et cordes K.285 dont l’interprétation mettait en valeur la densité de la forme sonate (riche de cinq thèmes !), l’Allegro du Trio en ut mineur de Mendelssohn pour piano et cordes, chargé d’une profondeur expressive et dramatique dans laquelle nos jeunes instrumentistes sont parfaitement à l’aise, les délicieuses Confidences d’Alphonse Hasselmans pour violoncelle et harpe, la Romance pour Sylviane Lemmi de Bernard Lefèvre pour deux violons, flûte et piano (moment de pure grâce, servi par une mélancolie discrète et un sens harmonique particulièrement raffiné), Night Club 1960 d’Astor Piazzolla pour flûte et harpe (ouvrage déjà connu mais enlevé de main de maître par Anaïs Gaudemard et Nicolas Négri) ou encore une transcription pour trois flûtes de la célèbre Csardas de Monti, bis virtuose à l’effet immanquable (pour peu, et c’était le cas, que les musiciens puissent presque nonchalamment se jouer des difficultés techniques et rythmiques). En ce qui concerne les formations plus étoffées, l’Adagio du Concerto pour deux violons de J.S. Bach trouvait en Valentin Marinelli et Adrien Jurkovic deux interprètes remarquables par la concentration, le sang-froid (au point de décider de sereinement le reprendre au début après un passage non satisfaisant) et surtout la qualité d’écoute mutuelle dont ils font preuve, et les deux derniers mouvements du Double Concerto pour deux violons en la mineur de Vivaldi, de très bonne tenue, bien que venant presque à la fin d’une soirée déjà chargée.

Non contents de ces prestations en groupes éclatés, les élèves se trouvaient réunis pour une version à voix mixtes et cordes de l’Ave Verum de Mozart et une « Valse des Fleurs » tirée du Casse Noisette de Tchaïkovski dans un arrangement de Patrick Geel [2]. Mention spéciale cependant, d’une part aux trois musiciens qui ont secoué les murs du conservatoire avec The Call of Ktule tiré du répertoire de Metallica (devant un public stupéfié), et d’autre part, au quatuor vocal des élèves de terminale. De leur propre chef (à tous les sens de l’expression, puisque à l’exception de la « Valse des Fleurs », tout le concert s’est déroulé sans le secours d’un chef), ceux-ci ont délaissé un instant leurs instruments pour travailler et donner a cappella (et dans une salle surchauffée, ce qui ne facilite pas le chant) l’Ave Maria pour 4 voix mixtes de Bencini. Les voix sont jeunes, mais le contrepoint est bien rendu, l’écoute parfaite et l’intention toujours au rendez-vous (coup de chapeau sincère à Cécile Vargas, Héloïse Césaridis, Maxime Mondésir et Nicolas Négri).

La vraie jeunesse n’a aucun lien avec le temps qui passe, elle est celle du mouvement du cœur, et c’est elle qui était aux commandes en ce 23 mars. Quand tant de musiciens professionnels ne connaissent plus que par intermittence cet enthousiasme, cette joie parfaite de servir et de partager la musique, adressons nos remerciements à cette phalange neuve mais combien prometteuse en chacun de ses membres pour nous avoir fait partager ce moment magique (dont on regrette seulement qu’il n’ait duré que presque trois heures, c’est tout dire !). Dans ces conditions, et plus que jamais : le pouvoir aux jeunes !

Lionel Pons,
Marseille, Mars 2006.

Notes

[1] Section de baccalauréat anciennement nommée F11 et liée à la pratique musicale à visée professionnelle.

[2] Rendu nécessaire pour que tous puissent participer, y compris les deux accordéonistes.


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